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Février 2009

Edito : bilan de la mission du 22 Janvier au 19 Février

En tant qu‘ingénieurs agricoles, salarié français de SPS pour ma part et bénévole pour Amandine, il nous a été confié une mission d’un mois au centre agroécologique de Ndiemane. Avec pour recommandation : être disponibles et à l’écoute de nos partenaires sénégalais, apporter un regard nouveau et complémentaire sur les avancées des 2 associations et ainsi développer une démarche de coopération plus rapprochée avec nos partenaires sénégalais.
Thibault Marbot

Un partenariat en phase de maturation

Comme nous l’expliquions dans la feuille précédente, Sahel People Service (SPS), association française, travaille en collaboration avec l’association sénégalaise AFAFA, Aide aux Femmes Africaines pour la Formation à l’Agroécologie. Face au succès rencontré notamment grâce au creusement de puits et la constitution d’oasis dans le respect de l’agroécologie, ces deux associations travaillent à se structurer en synergie avec des ajustements qui tiennent compte de particularités propres au contexte économique, social et environnemental de chacune. Qu’il s’agisse de transparence sur les activités mais aussi d’un souci d’autonomie pour nos partenaires sénégalais, cette phase de maturation amène des questionnements et une réflexion que nous ne pouvons envisager sans une étroite collaboration.

Réunion avec le chef du village et les villageois pour étendre les oasis à Balabougou

Réunion avec le chef du village et les villageois pour étendre les oasis à Balabougou

Le puits, source de vie

Le puits, source de vie

Blaise (au premier plan) est rejoint par Thieleme pour le développement et le suivi des puits

Blaise (au premier plan) est rejoint par Thieleme pour le développement et le suivi des puits

Puits et agroécologie : un duo qui fait parler de lui

Après 2 ans d’activités, 90 puits ont été creusés au village de Ndiemane et ses environs. Notre travail d’enquête a révélé d’abord que les puits ont permis d’améliorer notablement les conditions de vie des villageois grâce à l’activité maraîchère en saison sèche et ensuite que la charte agroécologique est bien intégrée, bien que les paysans ayant un peu de recul, cherchent à trouver des compromis. L’usage de la motopompe par exemple : proscrit par la charte par souci d’économie de la ressource en eau, elle est parfois utilisée pour pomper l’eau dans des bassins, dans lesquels elle est ensuite puisée pour arroser les cultures. La tâche de puisage de l’eau est ainsi rendue moins pénible et la gestion de cette ressource peut toujours être maîtrisée. Les agriculteurs sont aussi très demandeurs de solutions alternatives contre les ravageurs de cultures : le purin de neem semble rencontrer des limites et le champ des biopesticides mérite d’être d’avantage exploré (problèmes de termites par exemple). Ainsi, un suivi régulier des oasis s’est révélé nécessaire afin que les actions de sensibilisation évoluent en fonction des attentes des paysans.
Enfin, les démarches de prospection pour le creusement de nouveaux puits s’accentuent, face à la demande de villageois pour qui le message de l’intérêt de notre démarche est bien passé. L’équipe devrait s’agrandir pour donner plus d’ampleur au programme.

Dernière livraison fin 2008 à Yene avant la construction d’un atelier à Ndiemane

Dernière livraison fin 2008 à Yene avant la construction d’un atelier à Ndiemane

Un atelier fourneaux vers plus d’autonomie

Suite à la venue d’un expert de l’association olivia Inti Soleil, nous avons pu constater qu’effectivement l’activité fourneaux économes n’avait pas rempli ses objectifs. Pour cela, 2 raisons principales : le choix d’un modèle standard de Bolivia Inti qui s’est révélé inadapté aux pratiques des femmes sénégalaises, notamment en zones rurales, et un problème récurrent de qualité de fabrication : la tôle trop fine est rapidement rongée par le feu. Sur ce deuxième
point, la durée d’utilisation des fourneaux ne couvre donc pas la durée des remboursements : la faible longévité des fourneaux explique donc l’arrêt des remboursements dans certains villages.
Ainsi, pour pallier une hétérogénéité de qualité dans la fabrication et pour pérenniser l’activité, il a été décidé de construire un atelier au centre agroécologique de Ndiemane, afin d’assurer un meilleur suivi, du choix du modèle jusqu’à son remboursement.

Le centre agroécologique : une infrastructure en développement tournée vers l’accueil

Un nouveau bâtiment complète les cases du centre. Sa fonction est triple : une étable pour accueillir des boeufs dressés pour le travail des champs, un bureau qui servira aussi de lieu de réunion et de bibliothèque pour le centre, une cuisine aménagée pour que les repas soient concoctés sur place et pour que les stagiaires mettent aussi la main à la pâte.
Ce bâtiment a été fabriqué en banco (briques de terre) par des artisans locaux et la réalisation du toit de chaumes revient à la participation collective des enfants et stagiaires, dans une atmosphère conviviale… Et après l’école ! Enfin, AFAFA met à disposition un terrain d’un ha ainsi que de nouvelles cases, en cours d’aménagement, pour renforcer la capacité d’accueil sur le centre.

Un nouveau bâtiment pour le centre

Un nouveau bâtiment pour le centre

Formation : vaut-il mieux suivre un modèle ou le remettre en question ?

L’équipe sénégalaise s’interroge sur les modalités d’une formation à l’agroécologie pour les paysans et nombreux stagiaires qui seront amenés à séjourner au centre. Il nous est apparu au préalable nécessaire que cette formation soit dispensée à l’ensemble de l’équipe de AFAFA, afin que chacun puisse détenir un socle commun de connaissances et d’expériences à partager avec les visiteurs.
Les paysans, qui sont divisés entre agriculture traditionnelle, agriculture industrielle imposée et maintenant agroécologie, sont souvent sceptiques quant à de nouvelles pratiques à intégrer, surtout quand elles dérangent un ordre établi. Toutefois l’agroécologie est appréciée dans la mesure où les paysans ont rapidement compris qu’elle était un précieux alliage entre techniques traditionnelles et modernes, respectueuses de l’homme et de son environnement. Les actions de sensibilisation demandent toutefois de « coller » au plus près de leurs besoins et d’être force de proposition quand de nouvelles problématiques émergent. La recherche, l’expérimentation permettent d’obtenir des réponses, qui servent de références dans les conduites à mener. On comprend dès lors tout l’intérêt du rôle d’exemplarité que le centre de Ndiemane doit jouer. Il paraît clair que l’appropriation du concept d’agroécologie nécessite aussi de rester ouverts sur les autres pratiques tout en soulignant bien entendu leurs limites, et les avantages d’une meilleure compréhension de son environnement. Même si l’agroécologie connaît aussi parfois des limites, elle reste évolutive donc adaptable aux nouveaux enjeux de l’agriculture, dont le principal reste d’aboutir à une plus grande souveraineté alimentaire.

Un repas partagé et bien mérité

Un repas partagé et bien mérité