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Été 2009

Edito : un avenir incertain

Il se dit que l’Afrique résiste mieux face aux effets de la crise financière mondiale. Leur croissance économique
positive est cependant surtout due à leurs ressources minières dont les prix à l’exportation restent élevés. Ce qui nous
intéresse, c’est comment se portent les populations paysannes en Afrique de l’ouest. S’agissant du Sénégal avec ses 70% de population paysanne, un léger mieux semble perceptible. Il est dû aux 3 points suivants :

  • une pluviométrie 2008 exceptionnelle qui a permis de meilleures récoltes.
  • les importations occidentales fortement subventionnées ont diminué. Résultat : les marchés locaux se portent mieux. Une petite bouffée d’oxygène pour les paysans, qui a ralenti un peu l’exode rural.
  • à la mise en place de la « GOANA » (Grande Offensive pour la Nourriture et l’Abondance) qui a permis la mise en culture d’espaces restés en jachère.

Mais la GOANA qui se développe un peu partout, va-t-elle vraiment assurer leur autosuffisance alimentaire ? Rien n’est moins sûr car si à court terme, cette initiative présidentielle, va permettre d’augmenter les productions céréalières, celles-ci seront tout sauf durables puisqu’elles sont dépendantes des engrais chimiques et des pesticides qui vont rapidement épuiser les réserves de terres vierges. Autre problème : des pays comme la Chine et l’Inde achètent des grandes surfaces agricoles africaines. Ces sols, mis en culture intensive, sont exclusivement destinés à l’exportation vers ces pays-là au détriment des populations locales. Alors que les pays occidentaux se dirigent rapidement vers une agriculture durable (l’agroécologie), les dirigeants africains tiennent absolument à adopter nos recettes d’après guerre qui ont lamentablement échouées !
En 2008, AFAFA, association de paysans 100% sénégalais, s’est vu attribuer 5 ha pour la mise en culture selon les
principes agroécologiques. Or, suite à des irrégularités au sein des autorités locales, l’attribution de ces terres arriva
trop tard pour sa mise en culture en 2009. Dans ce contexte d’incertitudes, la persévérance est donc plus que jamais de mise afin de bâtir collectivement notre avenir !
Pierre Gevaert

Création d'un comité villageois

Création d'un comité villageois

Un programme porté par les paysans

Le fait d’avoir diminué sensiblement la tutelle de l’association française SPS au profit de l’association 100% sénégalaise AFAFA, commence à porter ses fruits. Notre nouvelle présidente Anita Pellegrinelli, a oeuvré dans ce sens, bien consciente que de nombreuses initiatives pour aider l’Afrique ont échoué, pour avoir oublié que c’est seulement si le projet est porté par la population elle-même, qu’il a toutes les chances de réussir. Qu’entendons nous par « être porté par les populations »?
Un exemple : les villages entourant Ndiemane, où se trouve le centre de formation agroécologique, s’intéressent à notre action. Blaise assisté par Thiélème les rencontre régulièrement et anime une réunion de tous les intéressés. Le chef du village, entouré de ses conseillers et conseillères, appelle ensuite les candidats à former un comité qui devra :

  • réunir les candidats désireux de faire partie du programme, candidats capables en 3 ans de rembourser le creusage des puits entourés d’oasis reforestées
  • gérer le recours aux puisatiers et le prix à leur payer : les fonds sont alloués au trésorier du comité qui paye les puisatiers selon l’avancement du creusage.
  • assurer le respect des règles agroécologiques. Le comité crée les occasions de formation sur place ou au centre de Ndiemane.

Les animateurs récoltent chaque semaine les informations pour les intégrer dans la comptabilité centrale d’AFAFA. Quel est le rôle de SPS ? Celui d’accompagner l’apprentissage d’une gestion rigoureuse basée sur l’équité : chacun, là où il se trouve dans l’organisation, doit y trouver sa part. Celui de soutenir les militants d’AFAFA qui oeuvrent pour le développement de cet art de vivre. Celui de faire en sorte que des fonds suffisants puissent être apportés en complément de ceux qu’ils auront appris à générer. Ces fonds proviennent encore toujours quasi exclusivement de dons privés. Cependant, vu notre développement, nous espérons rapidement toucher les organisations publiques, tel le ministère de l’émigration par exemple, qui devrait nous aider car nous pouvons leur prouver que grâce à l’agroécologie, une prospérité durable s’installe et que dans les régions concernées, il n’est plus question pour les jeunes de penser à partir du clan familial pour une aventure périlleuse vers l’étranger. Certains sont déjà de retour au pays.

Un contre-temps inattendu

Le chiffre de 200 puits en 2009 ne sera probablement pas atteint pour une raison surprenante et totalement imprévue. En effet en 2007, il y avait une liste de bons puisatiers trop heureux de trouver du travail. En 2008, une bonne partie de ceux-ci constatant que l’eau générait la prospérité, se sont dit : « après creusement d’un puits sur un terrain alloué par les autorités locales, nous redevenons paysans ! » Eh bien nous voilà, victimes de notre succès !
Ce phénomène inattendu mais en fait logique amène les animateurs à rechercher de nouveaux puisatiers quitte à les
payer un peu plus. Problème : c’est le paysan qui doit rembourser. Il cherche donc à négocier le creusement au meilleur prix. Qui aurait cru que nous soyons un jour confronté à un problème d’offre et de demande aigu ? Serions nous retombés dans le système exclusif d’économie de marché avec ses abus possibles ? L’important, c’est que le Sahel puisse reverdir et que les populations africaines soient assurées de revivre sans la menace de désertification de plus en plus visible.

Un atelier fourneaux en activité

Depuis 2003, l’association cherche à mettre des fourneaux économes à bois à disposition des femmes sénégalaises si courageuses, pour la corvée de bois qu’elles transportent sur leurs têtes. Chaque année, elles doivent aller plus loin, tellement loin qu’il ne restera bientôt plus rien à brûler que les bouses de vaches, précieuses pour le compost, qui doit remplacer l’engrais chimique. Par moment, plus de 10 forgerons fabriquent le four économe avec des résultats souvent décevants et irréguliers. La visite en 2009 de Yves Martin, délégué par Bolivia Inti Soleil nous a aidé à mettre au point un modèle de fourneau de grande qualité. Depuis le 1er aout 2009, l’atelier du centre fabrique les fourneaux, des petites merveilles de couleur verte. Pour y arriver, 7 tonnes de tôles sont arrivées de France en container avec tout le matériel nécessaire au bon fonctionnement de l’atelier. Les parties sensibles à la rouille et à la grande chaleur sont fabriquées avec un métal qui s’appelle « Alusi », ce qui garantit à présent de longues années d’usage. L’atelier est géré par le comité de village sous forme de GIE (Groupement d’Intérêt Économique). 3 personnes y travaillent déjà en permanence. Concernant la ressource en bois, les oasis de 3 ans produisent déjà un peu de bois. Ce dernier est donc à nouveau disponible et renouvelable grâce aux oasis reforestées.

Du riz sénégalais !

Depuis des années, la plupart des familles paysannes sénégalaises mangent une fois par jour des brisures de riz blanc en provenance de Thaïlande ou du Vietnam. Pas étonnant qu’avec leur surconsommation de sucre blanc, il y ait de plus en plus de diabétiques. Soucieux de la santé de l’équipe, je me suis efforcé de leur faire accepter le riz complet de leur pays, chose faite depuis l’arrivée de 250 kg de riz complet local. Le planteur a promis de commencer à le cultiver en bio dès cette année. Affaire à suivre !

Un tracteur pour pallier aux difficultés de la traction animale

Le container apportait aussi un grand tracteur exclusivement destiné en saison sèche, à sous-soler les terres bétonnées par la monoculture et l’abus d’engrais chimiques. Des complications à la douane à Dakar ont fortement retardé l’arrivée du tracteur et des autres matériaux. Heureusement quelques heures avant les grandes pluies, nous avons pu essayer la sous-soleuse à 3 dents qui a remué le sol à 0,75 cm de profondeur. Comme déjà dit, le tracteur, un Renault de 1988 en parfait état, servira exclusivement en saison sèche pour les sols que notre soussoleuse à une dent tirée par les boeufs du centre ne pourra pas travailler.

Parution d’un livre :

Les sociétés africaines noires agraires ont une philosophie de vie d’une grande sagesse. Dans mon dernier livre, « La famine mondiale est imminente », chapitre VII, j’ai essayé de décrire ce peuple digne et vraiment civilisé dont nous ferions bien de suivre l’exemple. Contactez-nous si vous êtes intéressés par ce livre (vente au profit de l’association) !

NOUVEAU : une vidéo de notre action au Sénégal !!!
Aller sur notre site, rubrique nos actions !