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Décembre 2008

Edito : la grande crise financière et les pays pauvres
On doit avoir de la compassion pour les épargnants des pays dits modernes qui ont vu fondre leurs économies, fruits d’une vie de labeur, suite aux détournements et autres magouilles boursières. Ce qui est étonnant c’est que tant de personnes aient cru dans ce système pervers malgré tant de preuves annonciatrices de ce qui allait arriver. Face à la prochaine et proche crise alimentaire mondiale, il est à craindre que le bon peuple (la masse manipulable à merci) se laisse surprendre de la même manière. Nul doute que cette crise là sera infiniment plus grande que celle de l’argent.
A première vue, on peut craindre que la ruine financière des pays ex-riches tarisse l’aide aux pays pauvres, c’est certain : moins de touristes, moins d’aides financières, moins de cadeaux empoisonnés aussi. Paradoxalement, ce sera probablement une chance pour ces pays-là, qui réaliseront qu’au lieu d’attendre le « Père Noël », ils vont devoir se prendre en main et retrouver leurs terres vivrières.
Ces lignes, je les écris depuis l’Afrique où au nom de Sahel People Service et en collaboration avec Terre & Humanisme, nous sommes occupés à réussir le pari d’une prospérité retrouvée dans plusieurs régions sahéliennes.
Pierre Gevaert.

L’agroécologie appliquée dans un village sahélien

Dans nos messages précédents nous avions parlé du creusement en 2008 d’une centaine de puits donnant chacun naissance à une nouvelle oasis d’au moins 1 hectare.
Les paysans africains ont trop de fois été abusés et seules des preuves peuvent atténuer leur incrédulité. C’est le cas du chef du village de N’Diémane où se trouve notre centre d’agroécologie. En 2007, nous avions aidé à creuser une cinquantaine de puits dans son village ; aussi avons-nous respecté sa demande lorsqu’il nous conseilla d’aller creuser ailleurs pour éviter l’éventuel tarissement des nappes phréatiques. En octobre 2008, à la fin de la saison des pluies, il nous déclara ceci : « chaque année nous mesurons la
hauteur des eaux érosives dans les marigots et les bas fonds ; or voilà que, malgré une pluviométrie particulièrement forte, il y a beaucoup moins d’eau dans les bas fonds que par le passé. L’eau est restée dans nos champs, c’est un grand succès, et plus il y aura de puits creusés entourés d’oasis reforestés, plus l’eau restera chez nous pour notre plus grand bonheur ».

Paysage sahélien à conquérir par notre programme d’oasis

Paysage sahélien à conquérir par notre programme d’oasis

Exemple d’oasis créée début 2008

Exemple d’oasis créée début 2008

L’agroécologie, une technique accessible à tous

L’agroécologie est une méthode qui ne coûte pratiquement rien à mettre en place et à pratiquer durablement. Pour donner vie à ces parcelles de terre, il est nécessaire de former les paysans aux techniques culturales agroécologiques. Les clôtures en haies vives, les diguettes enherbées, le compost, le reboisement, sont réalisables par les paysans grâce au seul travail manuel. Comme ces derniers sont désormais capables de pratiquer les cultures vivrières toute l’année, ils peuvent rembourser en 36 mois le paiement de la construction de puits pris en charge par SPS.

Le programme de 2009 et les résultats attendus

En 2009 nous prévoyons l’aménagement d’au moins 200 ha avec le creusement d’autant de puits, essentiellement dans la région Sérère.Nous sommes convaincus que le nombre d’oasis aura un effet stabilisant sur le climat de plus en plus préoccupant là-bas aussi.
Autre raison de se réjouir : dans tous les villages où l’agroécologie redonne un peu de prospérité, les jeunes pensent de moins en moins à quitter le pays pour pouvoir survivre au risque de leur vie. En adoptant la voie de l’agroécologie, les pays sahéliens seront certainement plus à l’aise que les pays dits modernes et deviendront les pays développés, car l’agroécologie est la modernité durable de demain. Pour atteindre cette prospérité, ils disposent de l’abondance de terres et de soleil, de plusieurs mois de pluie chaque année (qu’ils ont appris à conserver), et surtout d’un tissu agraire resté intact grâce à la pratique de la solidarité qui est pour eux toute naturelle.

Diguettes anti-érosives

Diguettes anti-érosives

Fertilisation par le compost produit sur place

Fertilisation par le compost produit sur place

Animation fourneaux économes et reforestation

Plus de 400 fourneaux économes à bois ont été achetés. La mise en place d’une pépinière d’arbres est venue répondre à l’engouement des femmes sensibilisées à la reforestation, les engageant dans une lutte pacifique contre la désertification.

Extension du centre

Au centre de formation de Ndiemane, 3 personnes travaillent à temps plein pour l’aménagement et la culture maraîchère. Tous les samedis les paysans des alentours viennent s’enrichir de connaissances agroécologiques. Pendant  la saison des pluies un champ d’1 ha mis à disposition par le président de AFAFA a été planté en céréales suivant la technique du zaï (technique ancestrale qui consiste à semer en poquets enrichis de compost)

Animations fourneaux économes

Animations fourneaux économes

C’est pourquoi votre participation financière à notre grand programme nous est précieuse pour son extension et sa pérennisation. Le creusage de puits est accompagné d’une animation de formation de nos collaborateurs africains, à la gestion des remboursements (puits et fourneaux) et au suivi du respect de la charte agroécologique.